Lettre d’une condamnée au chômage



Ma Chère Nadia,
Je ne t’ai pas écrit depuis mon mariage, mais il faut dire que j’ai été très occupée. Il a
fallu faire de nombreuses démarches pour que mon mari puisse venir me retrouver en
France et nous attendons maintenant qu’il ait son permis de travail.
Une bonne nouvelle : j’attends un bébé pour le mois de mai. Je sais déjà que c’est un petit
garçon et nous avons choisi son prénom, Médhi.
En revanche, j’ai eu un gros problème au travail.

Tu sais que j’étais directrice d’agence à la Caisse d’Épargne. Ils m’ont accusée d’avoir déposé des chèques fictifs, ce qui est complètement
faux. Et puis ils sont remontés sur plusieurs années pour trouver de prétendues fautes pour étayer un dossier vide. Ils n’ont pas le choix, puisque pour licencier une salariée enceinte, ils sont obligés de trouver une faute grave ! Alors, tout est bon… J’ai été mise à pied et n’ai même pas eu le temps de récupérer mes affaires personnelles.
- J’ai demandé au syndicat CGT de m’assister lors de l’entretien préalable au licenciement.
Ils m’ont très bien défendue et toute l’équipe m’a soutenue tout au long de la procédure.
- En effet, à la Caisse d’Épargne, avant de pouvoir nous licencier, les employeurs doivent saisir le Conseil de discipline où siègent 3 représentants des salariés (élus lors d’élections nationales Caisse d’Épargne) et 3 employeurs.
- Le Conseil de discipline a eu lieu hier matin, 15 décembre 2009 : les 3 patrons ont bien sûr voté pour mon licenciement, sans même me poser une seule question, pas plus qu’au militant CGT qui m’assistait. C’est ce que l’on appelle un positionnement de classe.
En revanche, j’ai été choquée, le mot est faible, par l’attitude des 2 « défenseurs » des salariés du Syndicat Unifié qui se sont abstenus sur le licenciement.
- Un tel positionnement, qui à mots cachés approuve la position des employeurs, m’empêche de pouvoir faire appel à la Commission Paritaire Nationale contentieuse ce qui m’aurait permis une nouvelle fois de prouver mon innocence.
- Je pensais que cette instance paritaire, échaudée par de nombreuses affaires pour lesquelles les dossiers à charge étaient vides savait par un positionnement lui aussi « de classe » de la part des représentants du personnel, donner la possibilité aux salariés de ne pas subir les décisions contestables et contestées des employeurs.
- Dans cette société où être licencié semble basculer, pour certains, dans une banalité révoltante, il existe heureusement des syndicats intègres qui continuent et continueront à avoir un positionnement et qui ne confondent pas intérêt personnel avec intérêt du personnel.
- Je t’embrasse,

- Mélanie

emailVersion imprimable de cet article imprimable